Le Belfortain Christophe Moreau remporte le Championnat de France du centenaire à Aurillac. Il précède Pierrick Fédrigo et Patrice Halgand.
Les fourmis volantes qui grouillaient hier soir dans les rues d'Aurillac ne laissaient rien présager de bon. Aussi, si les rayons de soleil persistent tôt ce matin à traverser les persiennes pour tirer du lit coureurs et suiveurs, le vol bas des oiseaux est un signe qui ne trompe pas. Deux heures avant le départ du Championnat de France, quelques minutes suffisent pour voir disparaître le ciel bleu sous des nuages orageux. Le gris violacé absorbe l'azur. Le ciel se met soudain à gronder, son refrain repris en ch½ur par les volcans cantalous, le tout rythmé par le ruissellement de l'eau. Et voilà comment d'un jour
brûlant hier, les Championnats de France d'Aurillac se muent en journée lourde et orageuse pour le clou du spectacle, la course professionnelle. Juillet commence les roues dans l'eau, et ce n'est pas une aubaine pour les postulants au titre de champion de France, sur un circuit qui a tenu hier toutes ses promesses, tant il se veut exigeant.
Le tracé aurillacois ne fait pas dans la demi-mesure. D'une longueur de 21,6 kilomètres, il se veut particulièrement éprouvant, dessiné à flanc de collines, sur les contreforts des volcans auvergnats. Les lacets de la côte de la Limite, en début de circuit, durcissent la course d'emblée. Une longue transition descendante, jonchée de quelques "coups de cul" éreintants, conduit la course au pied de la côte de la Martinie, juchée à 2,8 kilomètres de la ligne d'arrivée et assurément décisive entre deux rangs denses de spectateurs enthousiastes. Le parcours est sélectif et la configuration de la course va accélérer le processus éliminatoire. La pluie a cessé juste avant le départ du peloton, qui s'élance pour onze tours de cet éprouvant circuit. Et les choses ne traînent pas puisque l'échappée matinale se construit dès les premiers kilomètres, sous l'impulsion de huit coureurs convaincus de ne pouvoir peser sur le final d'une course de 237,6 kilomètres.
A l'attaque, on retrouve Stéphane Augé (Cofidis), Cyril Lemoine (Crédit Agricole), Julien Loubet (Ag2r Prévoyance), Fabien Patanchon (Française des Jeux), Cédric Pineau (Roubaix Lille Métropole), Samuel Plouhinec (Agritubel), Julien Belgy et Pierre Drancourt (Bouygues Telecom). Les huit échappés obtiennent très vite quelques onze minutes d'avance sur le peloton, lequel accélère l'allure à mi-parcours. Mais le retour sur les échappés se fait plus vite que prévu, facilité par une première alerte au sein du peloton. Dans le septième tour en effet, une cassure propulse vingt-quatre coureurs à
la poursuite des huit de tête. La cote d'alerte passe au rouge. Fébriles, les favoris craignent de payer cash une erreur tactique. Aussi, ils choisissent d'un commun accord d'engager la grande bagarre prématurément. Prenant les scenarii classiques à contre-pied, un regroupement général s'opère à l'entame du huitième tour, à 85 kilomètres de l'arrivée.
Visionnaire, Christophe Moreau ne commet aucune erreur dans le final.
De crainte de se voir à nouveau piégés par un mauvais coup, les favoris changent de braquet. Et c'est Christophe Moreau (Ag2r Prévoyance) qui met le feu aux poudres en déclenchant les hostilités dans la côte de la Limite, à un peu moins de quatre tours tout de même de l'arrivée. Annoncé parmi les grands favoris de ce Championnat de France après sa sublime démonstration au Critérium du Dauphiné-Libéré, le Belfortain entraîne avec lui les meilleurs coureurs du peloton national. Mais il ne prend pas le temps de faire les comptes et repasse une couche dans la même côte de la Limite pour se porter en tête de course avec Pierrick Fédrigo (Bouygues Telecom) et Patrice Halgand (Crédit Agricole), à 80 kilomètres de la ligne blanche. Ce trio de tête à peine conçu, Christophe Moreau encourage tout de suite ses beaux compagnons d'échappée à collaborer. Si loin de l'arrivée, ses deux acolytes semblent hésiter, mais Moreau est visionnaire.
Vers Saint-Etienne, à l'occasion du Critérium du Dauphiné-Libéré, le Belfortain nous avait gratifiés d'un numéro épique époustouflant. Le peloton pèse donc la menace de la présence en tête du Franc-Comtois de 36 ans. Le peloton, ou ce qu'il en reste, car sous l'effet des attaques répétées de Christophe Moreau, le gros de la troupe se limite désormais à dix hommes forts : Sandy Casar (Française des Jeux), Sylvain Chavanel (Cofidis), Nicolas Jalabert (Agritubel), David Le Lay (Bretagne-Armor Lux), et à un degré moindre, compte tenu de la présence de leurs coéquipiers en tête, Anthony Charteau
(Crédit Agricole), Laurent Brochard et Jérôme Pineau (Bouygues Telecom), John Gadret, Christophe Riblon et Ludovic Turpin (Ag2r Prévoyance). Les quelques individualités figurant au sein du maigre mais ô combien prestigieux peloton ne peuvent assurément pas s'entendre pour rentrer sur la tête de course. Le trio se détache pour de bon. Christophe Moreau a vu juste en déclenchant les hostilités si loin de l'arrivée.
Il ne va commettre aucune erreur dans le final, en décidant de s'isoler très loin du but également. A moins de deux tours de l'arrivée, à 40 kilomètres du terme de ce Championnat de France exactement, le Franc-Comtois met à nouveau à profit la côte de la Limite pour se débarrasser une bonne fois pour toutes de la concurrence. Pierrick Fédrigo et Patrice Halgand sont incapables d'accompagner le champion, qui survole décidément ces Championnats de France du centenaire. Ils se contenteront des accessits. Lancé dans un numéro du plus bel effet, Christophe Moreau ne faillit pas. Sous le climat lourd et menaçant, qui retiendra finalement ses gouttes jusqu'au moment de la cérémonie protocolaire, Christophe Moreau fait trembler le public auvergnat. Il repousse progressivement les derniers rescapés d'un Championnat d'une rare sélectivité pour franchir la ligne bras en croix, comme une délivrance au terme de 80 kilomètres volcaniques.
Classement du Championnat:
1. Christophe Moreau (Ag2r Prévoyance) les 237,1 km en 6h06'25"
2. Pierrick Fédrigo (Bouygues Telecom) à 2'19"
3. Patrice Halgand (Crédit Agricole) à 2'21"
4. Jérôme Pineau (Bouygues Telecom) à 3'58"
5. Nicolas Jalabert (Agritubel) à 5'19"
6. Laurent Brochard (Bouygues Telecom) à 5'22"
7. David Le Lay (Bretagne-Armor Lux) à 5'49"
8. Ludovic Turpin (Ag2r Prévoyance) m.t.
9. Christophe Riblon (Ag2r Prévoyance) à 6'15"
10. John Gadret (Ag2r Prévoyance) à 6'49"
OoOoOoOoOoOo Commentaires de Jérome Pineau sur le Championnat d'Aurillac OoOoOoOoOoOo
En réponse aux commentaires critiques à mon égard, je veux dire à ceux qui ont regardé le championnat de France et qui ont trouvé que je n'avais pas été fair-play que je fais partie d'une équipe, composée de plus de 20 coureurs lors du championnat, avec neuf coureurs qui partaient parmi les favoris pour le titre. Dimanche, j'ai respecté les consignes de mon équipe. Je n'avais aucune raison de collaborer avec Sandy Casar puisque Pierrick Fédrigo était devant. Marc Madiot, de sa voiture, m'a demandé de rouler. Je lui ai expliqué que je ne devais pas le faire, que je respectais les consignes de course. On ne s'est pas du tout "engueulé", il a très bien compris ma position. Quand on connaît le vélo, on sait que ce que j'ai fait est tout à fait normal.
Ensuite, j'ai attaqué parce que je pensais avoir les moyens de revenir sur Pierrick et Patrice Halgand. Pour la première place c'était foutu, mais on aurait pu faire 2e et 3e. Et puis mon sponsor me paye pour faire du mieux que je le peux, il est donc normal que j'essaie d'obtenir la meilleure place possible. 4e, c'est toujours mieux que 5e ! Le fair-play, c'est aussi respecter les sponsors, les spectateurs qui viennent nous voir sur le bord des routes. Ce n'est pas passer des ententes suspectes qui faussent la course. C'est au contraire faire sa course du mieux qu'on peut, faire le spectacle parce que c'est ce qu'on a de mieux à offrir au public !
Je suis bien sûr déçu de ma 4e place. Sur cette course, seul le titre compte. Mais je suis quand même satisfait de ma condition. J'avais dit au début de la saison, les lecteurs de ce carnet de route en sont témoins, que j'avais trois objectifs dans la saison, trois périodes pendant lesquelles je voulais être bien : Paris-Nice, les Ardennaises et la période de juillet avec le championnat et le Tour. Et bien pour l'instant, je ne me suis jamais loupé. Vu mes sensations de dimanche, ça devrait continuer sur le Tour.
À Aurillac, on a prouvé qu'on est encore une belle équipe. Malgré les critiques qui laissent entendre que Bouygues Télécom n'est plus l'équipe soudée qu'elle était avant, on a montré qu'on est encore collectifs et présents : on est trois dans les six premiers.
Christophe Moreau est vraiment un beau champion de France. En ce moment, il impressionne et dimanche, il a fait une grande démonstration de force ! C'est bien qu'il soit en bleu-blanc-rouge pour le Tour de France parce que, j'en suis sûr, il représentera au mieux notre pays. Cette année, il a la légitimité pour accéder au podium et j'espère qu'il sera parmi les meilleurs pour faire briller le maillot qu'il vient de décrocher !